Archives > Edito > Edito - 20 mai 2009
20 mai, dernier cabaret de l'urgence de la saison.
On en aura fait 5 depuis le mois d?octobre 2008.
Dans mes rêves les plus fous, je souhaitais qu'on en fasse un par mois. Le rythme aura été un peu moins effréné. Il faut dire que chaque rendez-vous pompe beaucoup d'énergie et d'adrénaline. On se sent attendu, nos propositions comparées aux précédentes. Difficile d'échapper à la pression. Néanmoins gage d'exigence ?

Ce rendez-vous nous oblige en tout cas à réinterroger régulièrement notre engagement et notre rapport au monde. Le théâtre est un amour absorbant qui donne parfois l'impression de vivre à côté de la réalité, dans un monde où notre enjeu immédiat est de trouver la fluidité d'une scène, la finesse d'un personnage, le décalage poétique. Et cette recherche est si dévorante, jusqu'à l'obsession, que le monde semble parfois nous glisser entre les doigts. Et pendant qu'on s'évertue jusqu'à l'épuisement à peaufiner notre artisanat, les universités bataillent jusqu'au dernier souffle pour résister à un projet de loi qui concernera surtout les étudiants des années à venir. Quand j'y pense je trouve parfois mon travail futile et égoïste alors que des gens sont prêts à sacrifier une année d'études à la défense d'une autre conception de l'enseignement et de la société. On les fait passer pour des preneurs d'otages, moi je les trouve plutôt altruistes et visionnaires, capables de dépasser leur intérêt immédiat qui serait de passer leurs examens.

En ne lâchant pas notre engagement de tenir ce rendez-vous régulier dans l'ouest héraultais, et en se promettant de le poursuivre à la prochaine rentrée, j'espère qu'on rejoindra, autant que faire se peut, la ronde de tous ces obstinés, tous ceux qui ne se satisfont pas de regarder le monde filer comme les vaches regardent les trains passer.

Fabien Bergès