Archives > Edito > Edito - 10 septembre 2008
La rue : Je t'aime moi non plus.
Après plusieurs représentations en salle, dont certaines forcées à cause du mauvais temps (Capdenac et Capendu) nous avons enfin réintroduit, à Aurillac, L'Ombre dans son milieu d'origine : la rue. Et ce fut un bonheur immense.
Sentir qu'avec le soleil qui se couche l'adrénaline monte, guetter le ciel pour voir s'il nous autorise à jouer, voir les acteurs se maquiller derrière le décor devant un petit miroir posé sur l'escalier ou sur un rack lumières ... Dans la fraîcheur moite des nuits aurillacoises, j'ai senti en nous une propension plus grande à l'épopée. Dans la rue notre théâtre était plus explosif ... et pas seulement grâce aux effets pyrotechniques.
Il faut dire aussi qu'à Aurillac nous avons été portés par un public merveilleux ... plus de 300 personnes le dernier soir ! ... qui arrivait parfois près de ¾ d'heure avant le début de la représentation.
Merci à tous, visages inconnus mais aimants, et encore désolé pour ceux qui ont dû subir l'interruption du vendredi soir.
L'arête est encore dans notre gorge, de ce corps-à-corps perdu avec le ciel capricieux ce jour-là. Nous avons regoûté à ce moment-là les difficultés du plein-air. Porter un spectacle comme le nôtre - techniquement lourd - dans la rue n'est pas évident, pourtant l'accueil qu'en a fait le public me fait dire que c'est une évidence qu'il faut continuer. Continuer à raconter des histoires dans la rue, continuer à le faire à notre façon, même si elle n?est pas la plus prisée du réseau rue.
Hier j'étais au festival Sorties de rue à Saint-Jean de Védas et il m'a semblé comprendre ce qui différenciait L'Ombre de la majeure partie des productions de rue. Dans la rue je crois que la plupart des spectacles n'autorisent pas le public à croire aux personnages, aux histoires. L'illusion n'existe pas. Le rue est toujours au second degré, l'histoire se cachant derrière la dérision, derrière l'acteur qui joue - et qui souvent joue à mal jouer - ou derrière la performance.
Dans L'Ombre nous donnons l'histoire au premier degré, en cherchant à créer un univers auquel le public puisse s'abandonner à croire qu'il existe. Ce premier degré est-il une forme dépassée ? J'en ai pour ma part encore besoin, le public qui nous réclamait à corps et à cris la fin de l'histoire le jour de l'interruption, aussi, je crois. Cette adhésion n'est pour ma part ni une naïveté ni un horizon indépassable.
D'ailleurs j'ai vécu un grand moment de théâtre de rue à St-Jean de Védas, avec le Macadam Cyrano des Batteurs de Pavé (Précipitez vous-y !). Une proposition qui n'a peur ni d'incarner vraiment les histoires, ni d'en sortir pour s'adresser au public. Si bien qu'on passe sans cesse du premier au second degré. C'est un positionnement qui me fait envie depuis longtemps, notamment depuis que j'ai rencontré le travail de Tg Stan en salle cette fois.
Salle, rue, premier et second degré, je t'aime, moi non plus ... en tout cas on continue !
Fabien Bergès
